À l’épreuve du temps – Critique dans Liaison

Voici une critique du nouvel album éponyme par Serge Monette paru dans la rêvue Liaison il y a quelques semaines.

Depuis 10 ans Konflit dramatik, un groupe Sudburois qui allie racines rock rap à une conscience sociale et politique, oeuvre en Ontario français et ne cesse d’offrir une qualité artistique impressionnante.  C’est en juillet 1998, au Northern Lights Festiva Boréal, que le groupe a fait ses débuts; c’est aussi là qu’il a fêté ses 10 ans.  Dix ans d’existence pour un bande, c’est tout un accomplissement!  Réussir à perdurer dans un marché aussi restreint que celui de l’Ontario français mérite honneurs et acclamations.  Le groupe a tenu la barre malgré les défis du métier.  Et il n’a pas chômé puisqu’il a produit trois long jeux, un démo et un EP.

Si j’accept de faire une critique du nouvel album de Konflit Dramatik, c’est que, selon moi, ce groupe produit des disques de qualité et que j’aime écouter sa musique.  De plus, je respecte énormément sa démarche artistique.  Je me souyviens encore du premier démo où l’on retrouvait une version éclatée du Phoque en Alaska.  Puis a suivi Hors d’oeuvre et Univers Dissimulé, deux albums qui sont venus enrichir le paysage musical franco-ontarien.

J’oeuvre, depuis plus de dix ans, comme enseignant de musique dans une école provinciale de l’Ontario.  À chaque rentrée, je suis confronté au syndrome fataliste des élèves: French music sucks. Une de mes armes secrètes pour révitaliser la musique francophone, et plus particulièrement la musique franco-ontarienne, consiste à faire tourner l’album Univers Dissimulé de Konflit dramatik sur lequel on retrouve des classiques tels que “Tombe en morceaux”, “Hors-d’oeuvre”, et “Fait à la maison”.

Ce disque, qui renferme plusieurs pistes accrocheuses, plait aux jeunes Franco-ontariens, qui sont pourtant difficile en matière de palette musicale et qui ont souvent le dédain de la musique francophone.  Ce dédain, il est le plus souvent attribuable à un manque de diffusion; les jeunes ne sont tout simplement pas assez exposés à la musique d’ici.  Après avoir pris connaissance de la musique de Konflit dramatik, ceux de mes élèves qui apprennent à jouer un instrument, guitare ou batterie, n’hésitent pas à interpréter l’une des chansons du groupe à l’occasion d’un spectacle d’école.

Le 19 janvier 2008, Konflit a lancé son troisième opus, simplement nommé Konflit Dramatik.  Même si, sur la pochette, figure la tête d’un poisson en génuflexion priant les diables de ce monde, le groupe ne chante certainement pas comme un poisson et ne demande absolument pas pardon pour les péchés que ses membres ont pu commettre par le passé.  Ce nouvel album témoigne d’une belle évolution du groupe.  Les mélodies vocales sont variés, le jeu du piano enferme de belles trouvailles et le tout est ancré par de solides lignes de rythme and bass.  Ce sont les réalisateurs Stef Rancourt et Christian Berthiaume qui mènent la barque.  Le groupe évolue et mûrit bien.  Ce nouveau disque aux sonorités electro-rock a des saveurs parfois britanniques.  Les chansons s’enchaînent sans maillon faible, la musique plane souvent avec des textes ludiques dont la scizophrénie linguistique français-anglais plaira à ceux qui trippent et peuvent comprendre cette dualité.  Ce qui brilli, ce sont les performances de Berthiaume tant aux claviers qu’à la voix.  Elles sont justes et contiennent une bonne dose de folie qu’on apprécie.  La rage qui transparaît dans certaines chansons plaît sans qu’on sente le besoin de réduire le volume.

La chanson “2 pieds dans la marge” est un beau texte signé Christian Berthiaume.  La solide ligne de basse et de batterie me fait penser à une vielle chanson de David Bowie.  Je trippe!  “Je t’aime Québec”, premier single du groupe, est un texte signé Patrice Desbiens dont Konflit nous propose une version rafraîchissante.  Les jeux de mots de Desbiens sont portés par un bon groove et une performance vocale qui tient la barre, maintient le rythme et est sans faille.  C’est une chanson qui mérite de tourner encore et encore à la radio.  “Frenchip Fries”, la seule création collective du groupe sur cet album, est digne d’une bonne performance d’un garage bande. On retrouve ici toute la folie du groupe, qui ne compromet par pour autant la qualité sonore.  C’est une chanson dans laquelle les musiciens s’amusent et nous amusent.  “Tête de poisson”, ma chanson préférée de l’album, repose sur un solide texte signé Christian Berthiaume et Daniel Aubin.  Les arrangements sont magnifiques, et la musique nous donne l’impression de voguer doucement sur l’eau douce de la rivière française.  La voix est posée, et la belle mélodie nous permet de bien voir l’image de la tête de poisson soleil remontant le courant.  Dans “La mère de toutes les dystopies”, le groupe nous présente une belle version d’un texte du défunt Robert Dickson.  Le propos n’est pas facile, mais la trame sonore allège et soutient bien les paroles, et rend le texte plus accessible.  La cadence est bonne et soutenue et le hi-hat placé en avant me plaît.  “God is an American” est une chanson de Jean-Pierre Ferland tirée de son fameux disque Jaune, un album qui s’est taillé une bonne place parmi les grands classiques de la chanson québecoise.  Konflit nous en propose une bonne version, qui n’innove cependant pas.  J’imagine par contre que dans un contexte live cette chanson doit briller tant par son contenu que par la théâtralité du groupe.

Le nouveau disque de Konflit s’ajoutera au répertoire des grands classiques franco-ontariens.  À mon avis, il imprègnera positivement, comme l’avait fait Univers Dissimulé, la conscience des jeunes Franco-ontariens, en tout cas, celle de ceux qui auront la chance de l’entendre.  Depuis 10 ans le groupe a produit des disques de qualité.  Face aux nombreux défis et aux critiques, il a ramé à contre-courant comme un fier poisson soleil, la rivière aveugle ou la rivière veuve de la communauté franco-ontarienne.  Dix ans de Konflit Dramatik, ça mérite d’être fêté sur les scènes de l’Ontario français et d’ailleurs; selon moi, les réseaux de diffusion devraient avoir le coup de foudre pour le groupe et faire de ses albums leur coup de coeur.  Tout ce que je peux souhaiter, c’est que le groupe dure encore une bonne dizaine, ou encore mieux, une bonne trentaine…

Serge Monette est enseignant d’arts multidisciplinaires au Centre Jules-Léger d’Ottawa et auteur-compositeur-interprète.  Avec deux albums solo à son actif, 18 roues (2003) et Bad Luck (2008), Serge Monette s’est produit sr plusieurs scènes pan-canadiennes.

~ par Christian le 16 octobre, 2008.

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